L’éducation alternative pour combattre l’échec scolaire

23rd Aug 2019 Group

Le marché du travail mauricien est compétitif. On peut compter, parmi les 6,9% de chômeurs mauriciens, beaucoup de jeunes diplômés ainsi que des détenteurs d’un Higher School Certificate. Si pour ces jeunes la recherche d’emploi ne s’avère pas évidente, qu’en est-il de ceux qui ont essuyé un échec scolaire à un jeune âge, ou qui ont quitté l’école et se retrouvent, une fois adultes, sans qualifications ?

 

L’échec scolaire : Un fléau à Maurice 

Issus de milieux défavorisés et faisant souvent face à des problèmes de famille difficiles, ces jeunes sont laissés-pour-compte, non seulement par le système scolaire, mais également par la société. 

La Fondation Harel Mallac tente de donner une chance à ces jeunes mauriciens en collaborant avec des organisations non-gouvernementales (ONGs) qui ont pour objectif l’éducation alternative de ces enfants en échec scolaire. Ainsi, la Fondation a distribué le montant de Rs 850,000 entre trois ONGs : le Collège Technique Saint-Gabriel, l’Association d’Alphabétisation de Fatima et le Flamboyant Education Centre. 

Afin de mieux découvrir le travail fabuleux de ces trois ONGs, nous vous proposons une interview croisée de Alain Beche, Agent de Programme du Collège Technique Saint-Gabriel, Tristan Medard, Directeur de l’Association d’Alphabétisation de Fatima, et Cindy Apollon, Directrice du Flamboyant Education Centre. 

 

 

Pourriez-vous nous présenter votre ONG et ses activités en quelques mots ?

A.B : Le Collège Technique Saint-Gabriel a été créé à l’initiative du Cardinal Jean Margéot pour répondre à la fois aux besoins du nombre important de jeunes sans emploi à Maurice ainsi qu’à ceux des entreprises mauriciennes en manque de main-d’œuvre qualifiée.  Ainsi, nous formons des jeunes dans divers métiers techniques allant de la mécanique automobile à la soudure et la pâtisserie. Notre but est de leur donner la possibilité de gagner leur vie et de devenir des adultes professionnels et accomplis. Avec notre ONG-sœur, “Action for Economic and Social Development” nous récoltons des fonds pour assurer leurs frais de scolarité et recherchons des entreprises prêtes à accueillir nos élèves pour des stages de formation. 

T.M : À la base, les fondatrices de l’Association d’Alphabétisation de Fatima, Jeanine Grant, Jeanine Poupard et Priscille Clarenc, n’avaient pas en tête d’ouvrir une ONG, mais une bibliothèque afin d’offrir une infrastructure dédiée à la culture aux enfants de la région du Nord. Cependant, elles ont vite réalisé qu’un grand nombre de ces enfants étaient analphabètes et ne pouvaient donc pas en profiter. Répondre à ce besoin urgent et ainsi devenu leur priorité. Notre objectif est de scolariser des enfants qui ont abandonné l’école tôt et qui, pour la plupart, ne savent ni lire ni écrire. Nous avons, à ce jour, 140 élèves de 11 à 18 ans auxquels nous offrons un enseignement informel qui comprend non seulement les matières habituelles, mais aussi des classes de musique, de danse, de menuiserie et de théâtre parmi d’autres. 

C.A : Le Flamboyant Education Centre a été créé par le club Soroptimist International qui travaille à améliorer le statut et les droits des femmes et des filles à travers le monde. Le club de SI de Port Louis poursuit cette mission à travers le Flamboyant Education Centre en aidant le plus de mère possibles de la Cité Flamboyant (Richelieu) à acquérir des compétences et à trouver un travail qui leur permettrait de changer leur situation personnelle, pendant que leurs enfants sont pris en charge et bénéficient d’une éducation au centre. Les enfants que nous accueillons sont issus de milieux très défavorisés et Le Flamboyant Education Centre est parfois l’élément le plus stable dans leur vie

 

Quels sont les outils pédagogiques que vous favorisez ?  

A.B : Nous utilisons le système préventif établi par les Salésiens de Don Bosco. On essaie d’être à l’écoute des enfants, de leur offrir l’encadrement dont ils manquent souvent chez eux, et nous nous assurons que toutes nos classes soient en français. Pourquoi le français ? Car nous avons réalisé que de forcer ces élèves — qui sont très doués — à apprendre en anglais, une langue pour laquelle ils n’ont pas d’affinité, limite considérablement leur développement.  

 

 

T.M : Nous utilisons la pédagogie inclusive. Nous reconnaissons leurs individualités, nous prenons en compte le milieu d’où ils viennent, et nous essayons de créer un environnement où ils sont à l’aise pour s’exprimer et parfaire leurs études. 

C.A: Notre pédagogie est basée sur le Programme de Développement Approprié (PDA). De ce fait, nos enseignants s’appuient sur des principes fondamentaux de ce programme afin de subvenir aux besoins sociaux, émotionnels, physiques et cognitifs de chaque enfant. Ceux-ci incluent l’identification des talents individuels et la compréhension de l’environnement social, familial et culturel de chaque enfant. Après avoir évalué l’enfant, nous restons flexibles afin de déterminer de la meilleure stratégie pour chacun d’eux. Nous nous assurons également que chaque classe ait deux enseignants, et sommes aidés par des psychologues et des orthophonistes. Les cours sont en créole avec des équivalences dispensées en français et en anglais tous les jours. 

Quels sont les changements que vous souhaitez voir au niveau du système scolaire pour que ces enfants aient de meilleures chances de réussite ? 

A.B : Il y en a plusieurs, mais je souhaiterais que notre système puisse valoriser des élèves qui choisissent la filière technique et qu’on ne les fasse pas ressentir qu’ils pratiquent un “sous-métier”. Nous avons trop mis l’accent sur la réussite académique et de ce fait, voyons beaucoup de jeunes “passer à la trappe” en délaissant leurs talents. 

T.M : Je souhaite que notre système scolaire puisse reconnaître et accepter les différences parmi les élèves afin de leur apporter une éducation adéquate, quels que soient leurs talents. Je pense que de réduire le nombre d’élèves par classe (un enseignant pour 20 élèves serait l’idéal…), ainsi que de rajouter des activités extrascolaires sont des points qui devraient être pris en considération. 

C.A : Nous avons besoin d’écoles et d’éducateurs spécialisés pour prendre soin de nos enfants. Notre mission devrait aller au-delà du simple enseignement. Nous devons aussi encourager les enfants à penser par eux-mêmes, afin qu’ils aient confiance en eux et qu’ils puissent être fiers de ce qu’ils sont. 

 

 

Quel est votre plus grand rêve pour ces enfants ? 

A.B : Tout simplement qu’ils puissent être heureux et gagner leur vie honnêtement.

T.M : Qu’ils deviennent des citoyens responsables et à part entière, et qu’ils aient confiance en leurs talents. 

C.A : Notre plus grand rêve est de leur donner la chance d’avoir une vie meilleure et de leur apprendre à être des citoyens responsables.

Quels sont vos projets par rapport au financement reçu de la Fondation Harel Mallac ?  

A.B : Nous utiliserons ce financement pour les frais de scolarités de quelques élèves. Mais en plus de l’apport financier, je souhaite remercier Harel Mallac pour les stages de formations qu’ils offrent à nos élèves, et des causeries qu’ils viennent animer à l’école. 

T.M: Ce parrainage sera utilisé pour une très bonne cause : assurer les salaires de nos enseignants !  

C.A : Les fonds contribueront à l’achat et au renouvellement de notre matériel scolaire. Il contribuera également à l’achat des aliments que nous utilisons pour préparer les repas que nous offrons à l’école et qui est parfois le seul repas de ces enfants pour la journée. Grâce à la Fondation Harel Mallac, nous pourrons poursuivre notre mission : créer un environnement accueillant, avec un terrain de jeu sécurisé, des jouets, ainsi que de beaux livres qui inspirent les enfants. Nous remercions la Fondation Harel Mallac pour son soutien.