Histoire: Allister Macmillan décrit Harel Mallac, ou plus exactement « Elias, Mallac et Compagnie», au début du 19e siècle

30th Jul 2017 Group

Le journal d’entreprise d’Harel Mallac veut faire la part belle à l’histoire de cette firme. Pour répondre à son vœu, nous pouvons, pour commencer, nous référer à la présentation plus que centenaire que fait Allister Macmillan de l’ancêtre de notre entreprise, Elias, Mallac et Compagnie, au début du 19e siècle. Il est l’auteur d’un Mauritius Illustrated, offrant vers 1913 une présentation exhaustive des différentes facettes (politique, sociale, économique, agricole, manufacturière, religieuse, culturelle, artistique, etc.) de l’île Maurice. Il y parle d’«Elias, Mallac et Compagnie» comme d’une firme de négociants et agents commissionnaires des plus fiables. L’adresse donnée (rue du …Rempart) peut surprendre. C’est oublier que notre rue Edith-Cavell fut précédemment la célébrissime rue du Rempart, desservant un quartier particulièrement huppé au 19e siècle.

« Nous devons alors imaginer une large rivière traversant Port-Louis et s’étendant du bâtiment de l’Anglo-Mauritius jusqu’à celui de Mauritius Telecom. »

Ce « rempart » renvoie à l’autre promontoire, s’étendant au-delà du Jardin de la Compagnie, et où les autorités coloniales françaises et plus particulièrement Mahé de La Bourdonnais établissent le centre administratif (la Loge) de l’Isle de France. Il s’agit d’un triangle, commençant dans les environs aujourd’hui de l’immeuble de la State Bank, allant jusqu’à la Gare du Nord, retournant ensuite vers l’Hôtel du Gouvernement et le bâtiment du Trésor, abritant alors les bureaux de l’Intendance jusqu’à la State Bank (construite sur l’emplacement de l’ancienne Imprimerie du Gouvernement et ancienne Boulangerie du Roy). Entre les deux promontoires, s’écoulent des cours d’eau, ruisseaux du Pouce et de la Butte à Thonier, formant une région marécageuse (le Jardin de la Compagnie) qu’ils peuvent noyer complètement en périodes de crue, beaucoup plus fréquentes qu’on ne le pense généralement. Nous devons alors imaginer une large rivière traversant Port-Louis et s’étendant du bâtiment de l’Anglo-Mauritius jusqu’à celui du Mauritius Telecom. Pour pouvoir traverser à pied sec cette zone marécageuse, le chevalier-ingénieur Tromelin aménage une …chaussée surélevée pour relier l’Hôtel du Gouvernement et les casernes centrales alors davantage militaires que policières. Sur ce rempart occidental s’élèvent graduellement des habitations plus luxueuses que les simples cases s’édifiant ici et là au 18e siècle.  La renommée du quartier du Rempart commence seulement.

« Parmi les entreprises mauriciennes représentant les principaux producteurs, exportateurs, vendeurs mondiaux se signale plus particulièrement la Maison Elias, Mallac et Compagnie. »

Macmillan s’émerveille pour commencer des nombreuses ramifications du commerce international, avant la Première Guerre mondiale. Cela est davantage visible dans les grands centres commerciaux et industriels dans le monde mais aussi à Port-Louis.  La ville n’est pas grande mais elle se fait l’écho des grandes activités professionnelles aux quatre coins du globe. Parmi les entreprises mauriciennes représentant les principaux producteurs, exportateurs, vendeurs mondiaux se signale plus particulièrement la Maison Elias, Mallac et Compagnie. Elle a su nouer d’utiles contacts commerciaux et industriels à travers le monde. Elle compte parmi les principaux négociants, agents commissionnaires, représentants commerciaux, exportateurs et importateurs locaux.

Sa fondation remonte aux années 1830, sinon avant. Elle se nomme d’abord P. Elias et Tristan Mallac. En 1841, elle devient P. Elias, Mallac et Compagnie. On la désigne toujours ainsi au début du 20e siècle.

Les 22 et 23 juillet 1893 un incendie ravage partiellement la zone occidentale de Port-Louis (Ward IV). De la Chaussée, le fléau s’étend à la rue du Rempart (aujourd’hui Edith-Cavell) et à la rue Moka. Sont la proie des flammes de magnifiques bâtiments, faisant l’ornement de la capitale, dont, bien sûr, la Maison Elias Mallac et Compagnie mais aussi les firmes Vidal, Guillemin, Currie Fraser, Scott and Co. Castillon, les pharmacies Baschet, Loumeau, une partie du chantier Dauban-Desvaux (aujourd’hui bâtiment de la  Life Insurance of India Co.). Les dégâts sont considérables. Nombre d’entreprises font faillite.

Elias, Mallac et Compagnie entreprend rapidement la construction d’un nouveau siège social. Elle la confie à l’entrepreneur Ivanov Manuel, connu pour ses belles réalisations antérieures. Le nouveau bâtiment fait l’objet d’une vive polémique à la fin du 19e siècle. On le juge trop…moderne et cadrant mal avec un environnement urbain, privilégiant jusque-là nos traditionnelles maisons en bois, élégantes certes mais vulnérables aux incendies.

Pendant la construction du nouveau bâtiment d’Elias, Mallac et Compagnie, Ivanov Manuel apprend que le conseil municipal de Port-Louis a la ferme intention d’interdire le recours, en ville, aux bardeaux, pour couvrir et imperméabiliser la toiture de nouveaux bâtiments. Il estime le bardeau trop vulnérable aux flammes. Cela contrarie fort les plans d’Ivanov Manuel. Mais il n’est pas homme à baisser les bras aussi rapidement. Il décide sur le champ de mettre tous les ouvriers dont il dispose aux travaux de toiture. En quelques jours le nouvel immeuble d’Elias, Mallac et Compagnie, exhibe fièrement une nouvelle toiture, recouverte de bardeaux. Ainsi mis devant le fait accompli, le conseil municipal doit s’incliner. Son nouveau règlement s’imposera à d’autres mais pas à Elias, Mallac et Compagnie.

Un autre incendie ravage de nouveau le quartier de la Chaussée, le 26 juillet 1896. Le feu éclate dans les hauteurs de Port-Louis, dans les environs de la rue des Créoles (aujourd’hui rue Mère-Barthélemy) pour s’étendre en direction de la voie ferrée (aujourd’hui l’autoroute intra urbaine), détruisant les immeubles reconstruits en cet endroit après le sinistre de juillet 1893. Il existe une carte postale (voir photo) indiquant explicitement l’immeuble Elias, Mallac et Compagnie vu de la …Chaussée. Cela est impossible en 2017 car trop de bâtiments s’interposent entre cette artère urbaine et cet immeuble. Cela nous laisse trois interprétations possibles : 1° L’immeuble se construit après l’incendie de 1893 et résiste à celui de 1896. 2° Il se construit après le sinistre de 1896. 3° L’auteur de la carte postale se trompe en rédigeant cette légende.

Quoi qu’il en soit, cette première partie de la présentation que nous offre Allister Macmillan de l’entreprise Elias, Mallac et Compagnie et de son immeuble, nous offre un tableau flatteur mais non dépourvu de menaces ni de difficultés des activités commerciales mauriciennes, au 19e siècle. Une prochaine chronique s’efforcera de présenter à ses lecteurs quelques-uns des fondateurs de notre entreprise.